Les légendes du Gouffre et du Kastell- gibell.

Ar wrac'h ar puñs

Kastell-Guibell a-dra-zur A dall Breiz-izel en aour pur.

« kastel-ar-Gibell, c'est certain, vaut toute la Bretagne en or pur. »

"Ahès breman Mari-Morgan, e skeud al loar, d'an noz a gan,

 On ne connaît des enfants de Grallon qu'une fille, à qui ses dérèglements et ses crimes ont donné une affreuse célébrité. Il y a dans la Basse- Bretagne , près du village de Huelgoat, une espèce de fondrière , un abîme d'où s'élèvent des bruits lugubres: ce sont, au dire des paysans voisins, les gémissements des amants de la princesse ,qu’elle faisait précipiter dans ce Gouffre ,victimes de ses fureurs et de son inconstance .Cette princesse se nommait , Ahès ,et on lui attribue la fondation du château de  Ker-Ahès ,qui est devenu la ville de  Carhaix .Histoire de Bretagne par M. Daru. En 1826

Sur la partie suivante de cette forêt du coz Huelgoat ,on remarque une plate forme entourée de douves qui annoncerait l' emplacement d' un ancien château ou d' un fort .Suivant la tradition vulgaire on tient pour cet endroit la résidence du roi Arthur . Au dessus du gouffre qui est une forte chute d'eau, on voit un cône que les habitants du pays assurent avoir été occupé  par la duchesse Anne.(  Mémoire présenté le 25 août 1784 au Grand maitre des Eaux et Forêts) .États des forêts du Roi dans le numéro 50 d'-octobre 2015 du  Kaier ar Poher  par Jerome  Caouën

La duchesse Anne  dans notre tradition locale n'est autre que la fille du Roi  Gradlon  Ahès

Pourquoi le culte d'une sainte guerrière Sabine de Tivoli au pays des Osismes romanisés de la légende des hautes terres de la Ville d'IS.

Grand livre des saints: culte et iconographie en Occident Par Jacques Baudoin

Il faut rechercher  dans les mythes fondateurs de Rome: celui de l’enlèvement des Sabines et celui de Tarpeia  une héroïne de la guerre sabine, fille de Sempronius Tarpeius, que Romulus avait nommé gouverneur du Capitole. Elle aurait livré la citadelle de Rome aux Sabins, alors en guerre contre les Romains. Tarpéia s'éprit du roi des Sabins Titus Tatius. Elle décida alors de trahir ses compatriotes en livrant à celui-ci la citadelle du Capitole, en échange de son amour. Titus Tatius promit alors le mariage à la jeune fille, puis se parjura : après que les soldats sabins se furent introduits dans les lieux, Tatius la fit écraser sous les boucliers de ses hommes. telle AHES la pécheresse, celle qui livra les clés de son père de KER-IS au prince barbu!

.Tarpéia fut enterrée sur le lieu de sa mort et la colline est nommée Tarpéienne (mons Tarpeieus) jusqu'à ce que Tarquin l'Ancien consacrât le lieu à Jupiter. Le nom resta toutefois attaché à la roche Tarpéienne (saxum Tarpeium), qui servait à précipiter les criminels, et notamment les traîtres à la patrie. La forme du nom Tarpeia n'est pas latine mais sabine. La forme originelle *tarqueia et de sa base tarqu- auraient le sens de « vaincre ». Ainsi le mons Tarpeius, autre nom du Capitole, serait le « mont de la victoire » et Jupiter Tarpeius « Jupiter, dieu de la victoire ». Cette étymologie est en accord avec la forme primitive de la légende, celle d'une Tarpeia, vierge guerrière

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ys

Notre Kastell-Gwibel du Huelgoat a étrangement les mêmes mythes de ceux de la roche Tarpéienne romaine.

Il y a aucun doute en 396 Victrice (Victricius), évêque gaulois de Rouen  s'est  inspiré  des mythes des Osismes pour la composition de sa légende de Sainte Victoire. Les légendes de la princesse pécheresse AHES et des reliques de sainte Victoire au Huelgoat, prouvent bien cela .

Le Kastel-Gwibel possède également d'autres légendes :

Les ruines du vieux château de Kastel-Guibel se voyaient encore à la fin du siècle dernier. Elles avaient aussi leurs légendes. Toutes les nuits aux environs de la minuit, une ravissante jeune fille apparaissait sur les créneaux. Des jeunes gens voulurent la délivrer, mais dès qu'ils s'en approchaient, un hideux serpent s'enroulait trois fois autour du cou de la belle princesse. Trois fois l'affreuse bête les menaçait de son venin. Celui qui résistait à ce spectacle sans crier pouvait alors délivrer la jeune vierge et, pour le remercier, elle confiait un trésor valant à lui seul le prix de la Bretagne entière.

Kastell-Guibell a-dra-zur A dall Breiz-izel en aour pur.

« kastel-ar-Gibell, c'est certain, vaut toute la Bretagne en or pur. »

BERNARD DE PARADES

Ce lieu est terrible, car là s'élevait un château formidable et, du haut de ses créneaux. Car Ahès, que d'autres nomment Dahut, la fille maudite du roi Gradlon, faisait précipiter dans le gouffre ses amants épuisés. Parfois, pendant les nuits d'orage, on entend leurs voix qui brament sinistrement et demandent une sépulture en terre bénite.

Gustave  Flaubert Maxime Du Camp(1847)


La légende du géant Hok-bras et de la fée du Huelgoat .(Le publicateur du Finistère ,n° du 5 septembre 1874 conté par Jakou -Ar-Gall de Botmeur.)

Enfin Hok-Bras était chrétien et ne viendrait pas rire à l'église tous les jours. Après le dîner de baptême, qui fut très bon à ce qu'on dit, Hok-Bras s'en fut jouer dans le bois, auprès de l'endroit qu'on appelle le Trou du diable, , sans doute afin d'empêcher le diable de sortir par là (ce qui eût été un grand service pour l'humanité, s'il avait réussi), il se mit à rouler tout autour les plus gros rochers de la colline; et l'on sait qu'il n'en manque pas dans ce beau vallon. Pendant que le bambin travaillait ainsi, au grand ébahissement des autres, sa marraine vint le regarder faire et se dit :- Voilà un filleul qui me fera honneur. Et, en disant cela, elle jouait avec sa belle bague de diamant. Tout à coup, la bague lui échappa et roula au fond du gouffre, qui n'était pas encore couvert et où l'eau tombait avec un bruit affreux. La marraine se mit à pleurer. ... Hok-Bras. Votre bague ? Ne pleurez pas, nous allons voir. Si j'étais seulement aussi grand que ce trou est profond, je vous la rapporterais dans cinq minutes. Or, il est bon de dire que la jolie marraine était une fée. Elle sécha ses beaux yeux et promit à Hok-Bras d'exaucer sa demande s'il trouvait la bague. Hok descendit dans le trou et s'enfonça dans l'eau mais bientôt il en eut jusqu'au cou.- Marraine, dit-il, l'eau est trop profonde et moi je suis trop court. - Eh bien ! allonge-toi, dit la fée. En effet, Hok se laissa couler toujours, car c'était un puits de l'enfer, et sa tête restait toujours au-dessus de l'eau. Enfin, ses pieds touchèrent le fond du gouffre. - Marraine, dit-il, je sens une grosse anguille sous mes pieds.

- Apporte-la, dit la fée, c'est elle qui a avalé ma bague et remonte de suite. Crac ! On vit tout à coup Hok sortir du gouffre noir comme un arbre énorme, et il montait toujours. - Marraine, dit une voix qui venait des nuages, ne m'arrêterez-vous pas ? - Tu n'as qu'à dire assez, mon garçon, et ta croissance s'arrêtera. - Assez ! hurla Hok d'une voix de tonnerre... Et à l'instant on le vit se raccourcir et puis se mettre à genoux pour embrasser sa jolie tante et lui passer sa bague au doigt. Par malheur pour nous, Hok, dans sa joie, oublia de boucher le Trou du Diable. On ne le sait que trop en ce monde, hélas!

Sablières de notre église saint Yves sur la Place du Hüelgoat , en haut de la porte dans la tradition, dite de l' entrée des hommes, coté  bois et ses grottes ( les fers à cheval  et une tête de diable sont que la représentation du Demon" qu' on appelle ici dans les Monts d'Arrée  des Teuss " au XVI siècle du mythe du cheval androcèphale  psychopompe des statères des Osismes du Hüelgoat.

 

Origine littéraire du  mythe du cheval Bayard[

http://republic.pink/bayard-cheval_601306.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bayard_(cheval)

Dans neuf manuscrits médiévaux sur douze, différentes origines sont attribuées à Bayard[23], mais celles-ci s'effacent plus tard sous l'influence de la chanson de Maugis d'Aigremont. Ainsi, lui est attribuée pour origine la Normandie, la Bretagne, ou encore l'île d'Avalon. L'un de ces manuscrits, probablement daté de la fin du XIIIe siècle, précise qu'il est amené d'un « pays de Faerie » et que Morge la fée (Morgane) le nourrissait souvent .

Chanson de Maugis d'Aigremont
vers 686 (ancien français)
Traduction de Michel Stanesco]

Amis, ce dit la fee, sachiez a escient
Li chevaux est fae, ce dient li auquant
I dragon l'engendra, illeuc en I serpen
Et encore le gardent u grant derubement
Et I moult fier deable, je vous dit vraiement
Si a nom Raanas, hideus est durement
Le cheval est faé et tant a le cors gent
Que le jor porteroit trestot legierement
III chevaliers armez en I tornoiement

Cher ami, lui dit la fée, apprenez
Que le cheval est enchanté, d'après ce qu'on dit.
Ce fut un dragon qui l'engendra avec une serpente
Les deux le gardent au fond d'un précipice
En compagnie d'un Diable farouche, je vous dis la vérité
Hideux à démesure, dont le nom est Roënel(1)

Ce cheval faé est d'une si grande taille,
Qu'il porterait facilement toute une journée
Trois chevaliers armés pour un tournoi,
Sans qu'une seule goutte ne perle sur son flanc

(1) rosse en breton est un cheval vieux ou sans valeur.

Rosse est  bien un des noms du cheval androcèphale de la mythologie germanique et celtique. Le dénigrement en breton d' un cheval vieux ou sans valeur "Ar rosse" cache le nom de cette divinité païenne, rebut du passé, dans ce monde rural  devenu chrétien !


Le breton connaissent aussi une autre espèce de génie ou de lutin appelé Teuss, dont  le nom et les qualités rappellent Ies Dusii, démons incubes  des gaulois selon Isidore de Séville et saint Augustin. Dom Martin dit que Dusii est un mot celte, avec terminaison latine, formé de Teuss qui signifie tout en qui parait et disparaît eu un moment: un lutin, un spectre, un fantôme. Ceci nous fournirait une preuve, entre-autre, du mélange qui s'est opéré dans nos croyances superstitieuses, des traditions gauloise» avec des les traditions scandinaves.

 

Variation sur ce même thème légendaire :

Les gens de l'Arrée expliquent aussi qu'un grand trésor est caché dans les ruines de Kastel-Guibel ; seule une jeune fille de dix-huit ans pourrait le retrouver. De là haut, paraît-il, un souterrain conduit encore au bourg d'Huelgoat. Si l'on en croit une vieille du pays, il serait tout pavé de pièces de cinq francs.

L'un des souterrains de la ville d'Ys aboutit dit-on au gouffre d'Huelgoat et le bruit qu'on y entend n'est pas seulement produit par la rivière mais aussi par les vagues qui s'en viennent jusque là...

BERNARD DE PARADES

  la mare aux fées  (Bran -ruz  Auclair -Deschamps Casterman)                                                        

 Derrière chaque arbre, derrière chaque pierre .Sortant du gouffre légendaire, la rivière d'Argent coule au milieu d'innombrables rochers. Ie signet d l' Argoat est un monde de légendes où la croyance fabuleuse reste tapie : «La Mare aux Fées >>

. C'est le lieu de réunion de ces Dames des bois. La reine occupe le plus haut rocher et les petites fées se placent sur les autres pierres. Une fois l'an, la nuit de la Saint Sylvestre, elles tiennent séance plénière et celles qui ont désobéi à la règle des fées sont alors jugées. C'est ainsi qu'une .jeune fée accusée d'avoir parlé aux garçons du pays, fut jetée dans la Mare en punition de ce forfait. La fée est restée au fond de l'eau claire. Mais ceux qui cherchent à l'apercevoir sont irrésistiblement attirés vers la Mare et se noient.


 

Nos légendes huelgoataines ne sont pas celles qu'on colporte aux touristes.

https://www.facebook.com/philippe.leborgne/posts/3142745405800067

Fañch Guillemin. Le sorcier de Kermaria au Huelgoat «De son livre: Les sorciers du bout du monde- 1988

Nous passons bientôt près du « Gouffre », où la Rivière d'Argent tombe en cascade et disparaît sous les rochers et les arbres. Ce lieu inquiétant nous fait toujours un peu frémir, car de temps à autre un pauvre diable s'y jette pour en finir avec l'existence.
D'autres y tombent par imprudence, mais nul n'en sort jamais vivant.

Le « Gouffre » est dominé par une butte abrupte et très élevée sur laquelle se dressait autrefois un château-fort : Kastell-ar-Gwibel. et la légende raconte que Dahut la diabolique fille de ce bon Gradlon, premier roi de Cornouaille, venait parfois dans ce donjon pour y passer des nuits d'orgie. Puis au matin, comme dernière jouissance, la perverse créature faisait lier et jeter du haut de la tour, dans le « Gouffre », son amant de la veille. Un souterrain secret relierait, dit-on aussi, le fond du « Gouffre » à l'antique cité d'Ys, engloutie à tout jamais sous les flots de la baie de Douarnenez. Je l'ai longtemps cherché, ce tunnel fabuleux, étant enfant, et suis seulement parvenu à découvrir qu'une galerie naturelle peu connue, permettait de descendre tout en bas, au pied de la chute, comblant ainsi en partie mon goût du merveilleux.

Dédé Trévidic nous explique que les cadavres sont entraînés par le courant dans un siphon, avant de déboucher dans une grotte large et spacieuse où ils tournent continuellement dans les remous, ne pouvant en sortir, car la seule issue, d'ailleurs trop étroite, est située tout en haut. Cette caverne inondée a été macabrement baptisée La salle de danse du Gouffre ».

Les pompiers de Huelgoat, après avoir détourné le cours d'eau, y ont pénétré une fois, à la demande d'une famille, pour rechercher le corps d'un suicidé qu'ils ont d'ailleurs retrouvé en compagnie d'autres ossements d'inconnus.

..Quelques centaines de mètres plus bas, la rivière reparaît à la lumière du jour et s'élargit, formant la Mare aux Fées où il ne fait pas bon s'aventurer au clair de lune. C'est là, selon les anciens, que les « lavandières de la nuit » viennent effectuer parfois leur lessive funèbre. Si vous les rencontrez, elles vous demanderont sûrement de les aider à tordre leurs draps mouillés. Alors prenez garde ! Il faut connaître le « truc ». Car il y a toujours un « truc », bien entendu. Celui-ci consiste à tourner toujours le drap dans le même sens que votre partenaire, malgré ses sarcasmes et ses protestations. Et si vous suivez ce conseil, vous aurez la vie sauve. Mais si par malheur et ignorance, vous tordez le drap en sens contraire, comme on le fait habituellement, alors ce drap sera votre suaire. Vous ne pourrez plus le lâcher, et la lavandière maudite vous arrachera les bras et la vie sans pitié.
Mon père, travaillant un jour près de cette Mare aux Fées, y trouva un avant-bras humain en état de décomposition avancé. Peut-être s'agissait-il du membre d'une infortunée victime des « lavandières » ; ou peut-être aussi d'un morceau échappé de la « salle de danse » où les cadavres mènent un ballet perpétuel, rythmé par le grondement de la cascade.

Conte celtique 1894 Paul Sérusier  DallasMuseum of Art

Selon les vieilles paysannes de grand savoir, les fées sont des princesses d'autrefois. N'ayant pas voulu de l'eau du baptême, prodiguée par les Saints venant en Bretagne, elles furent frappées jusqu'à la fin des siècles de la malédiction de Dieu. Les érudits celtomanes voient en ces fées le souvenir des druides ses survivant dans la forêt à l'écart du christianisme envahisseur.

la gwrac'h du Huelgoat collection personnelle.

Ar wrac'h ar puñs , la sorcière du Hüelgoat ( le jour une vielle femme hideuse, la nuit une  fée.)

Quoiqu'il en soit, les fées d'Huelgoat sont dans la bonne tradition. Comme toutes leurs sœurs, elles se tiennent au bord de l'eau et se distraient en peignant à longueur de nuit leurs longs cheveux blonds, avec un peigne d'or. Aux heures nocturnes leur beauté est incomparable, mais de jour, ce ne sont que de vieilles femmes aux cheveux d'un blanc sale. Groac'h, boudig (dans les Monts d'Arrez) ou Korrigane, la Basse- Bretagne ne leur concède pas la bonté. Ce sont des jeteuses de sorts, amies des sorcières et de toutes les mystérieuses voleuses de beurre qui sévissent toujours dans la campagne de l'Argoat.

Que se racontent-elles en leur assemblée annuelle ? Ressassent-elles leurs anciens méfaits: des chasseurs ou des bûcherons métamorphosés en arbres des bois, des chevaliers partis à la quête de quelque oiseau merveilleux et changés en pierre par leur pouvoir ? Peut-être en percevrez-vous les propos dans le ruissellement de cette rivière qui est d'Argent... comme la parole

BERNARD DE PARADES

  Bran ruz

 

La légende de la Ville d'IS au Hüelgoat

Is ou Izel signifie en breton, Bas, par opposition à uhel qui veut dire Haut, Ker Is devient ainsi la ville basse, multipliant ainsi ses chances d’être submergée

 On ne connaît des enfants de Grallon qu'une fille, à qui ses dérèglements et ses crimes ont donné une affreuse célébrité. Il y a dans la Basse- Bretagne , près du village de Huelgoat, une espèce de fondrière , un abîme d'où s'élèvent des bruits lugubres: ce sont, au dire des paysans voisins, les gémissements des amants de la princesse ,qu’elle faisait précipiter dans ce Gouffre ,victimes de ses fureurs et de son inconstance .Cette princesse se nommait , Ahès ,et on lui attribue la fondation du château de  Ker-Ahès ,qui est devenu la ville de  Carhaix .Histoire de Bretagne par M. Daru. En 1826

Pitre Chevalier (17) écrit dans l’édition de 1844 de « La Bretagne ancienne » :

« L’exemple des débauches était donné publiquement par la fille même de Grallon, la belle Ahez ou Dahut, dont les débordements surpassent tout ce qu’on nous a conté d’Honoria, de Messaline et de Marguerite de Bourgogne. Les paysans d’Huelgoat montrent encore un gouffre où Dahut faisait précipiter ses amants…

…La ville d’Is, conquête de l’industrie sur la mer, occupait une plage très basse, incessamment menacée par les flots ; elle avait des remparts, des digues et des écluses dont les clefs étaient déposées dans une cassette de fer ; le roi seul ouvrait cette cassette au moyen d’une clefs d’or suspendue à son cou.

Or Dahut qui avait promis cette clef d’or à un de ses amants, la ravit à son père endormi par ses caresses ; et quelques instants après, la mer entrait dans la ville. »


Les montagnes de l'Arrée formaient autrefois une grande ville dont les murs et les tours se voyaient de toute la Bretagne. C'était une cité de carriers riches d'un travail alors bien payé. Une nuit de Noël qu'ils festoyaient au lieu d'aller à la messe de minuit, les murailles s'écroulèrent, la montagne s'ouvrit, engloutissant tout ce peuple de carriers sans foi. Sur les landes on entend encore parfois de grands coups sourds, comme si des mineurs travaillaient à l'intérieur de la montagne. Ce sont les carriers maudits qui taillent des pierres pour reconstruire leur ville. Jusqu'à la fin des temps, ils peineront en vain. Un bloc à peine équarri retombe aussitôt en poussière. Ils jurent alors si fort que toute la montagne en tremble.

BERNARD DE PARADES


Dimanche, 7 août. On peut aller aujourd'hui en chemin de fer de Carhaix à Morlaix, et je ne sais pas de parcours plus varié à travers une nature plus féconde en contrastes. J'ai pris le train pour Le Huelgoat ou se célèbre le pardon de Notre-Dame des Cieux {Itron Varia an Envou). On descend à la petite station de Locmaria. Je me mêle à une troupe de pèlerins pour faire en leur compagnie les cinq kilomètres de montée qui nous restent à gravir. Ils viennent de Poullaouen, du pays des mines, dont j'ai entrevu tantôt, au passage, les landes arides et bouleversées. Ils ne ressemblent pas à leur pays. Ils ont le visage gai, chantent en marchant et sont volontiers causeurs, expansifs. Comme je m'arrête, selon l'usage, pour me pencher au-dessus du fameux gouffre d'Ahès, l'un d'eux me dit: Gageons que l'histoire de ce gouffre vous est inconnue et incontinent, il me la raconte, avec sa belle verve un peu gouailleuse de Cornouaillais des monts.

« Quelle était Ahès, vous le savez aussi bien que moi, et comment Gralon, son père, sur les conseils de Guennolé, le moine blanc, la poussa dans l'abîme. Ce que vous ne savez peut-être pas, c'est que de la ville d'Is partaient dans toutes les directions des souterrains qui allaient aboutir parfois à plus de trente lieues dans l'intérieur du haut pays. La mer, après avoir englouti la ville, se rua dans ces souterrains. Le gouffre que voici est l'orifice de l'un d'eux, et le fracas que vous entendez n'est pas produit par la rivière, qui à elle seule ne suffirait pas à faire tant de bruit, mais bien dans les grandes vagues de l'Océan, bouillonnantes là, sous nos pieds.

« Quelquefois, quand la lune est claire et la nuit silencieuse, on prétend qu'une voix jeune et pure s'élève tout à coup, dominant le tumulte des eaux, et chante une chanson si belle que les étoiles dans le ciel font halte pour l'écouter. La tradition veut que ce soit Ahès, maintenant Mary Morgane qui, à la clarté de la lune, dans la nuit, chante.

Ahès, brêman Mari Morgan, E skeud al loar, d'an noz, a gan.

« Des gens l'ont vue, au fond du gouffre, toute blanche, sa chevelure d'or flottant dénouée sur ses épaules. Elle tendait les bras vers eux. comme pour les supplier d'avoir pitié d'elle et de la délivrer. Elle cherche à échapper à la mer qui la possède et où elle est condamnée à faire le métier de sirène jusqu'à ce qu'une autre pécheresse, aussi jolie et aussi coupable qu'elle, vienne prendre sa place. » Le gars de Poullaouen ajoute malicieusement : — Il y a bien assez de pécheresses dans nos parages, mais il paraît qu'il leur manque quelque chose pour tenir l'emploi

Anatole Le Bras


 

LÉGENDAIRE DES MINEURS

SI la rivière du Fao troque son nom à partir du Chaos du Moulin pour celui de Rivière d'Argent, l'origine est à rechercher simplement dans ce plomb argentifère qui s'extrayait encore au siècle dernier au Huelgoat, et à Poullaouen.

Une légende marque le début de cette exploitation. Un soir, un homme» revenait de la forêt. Il longeait le ruisseau, lorsqu'il arriva à un endroit où les femmes lavaient à grands coups de battoirs. C'étaient les lavandières de nuit.

Ken na zeuy kristen salver

 Red e gwelhî linser

Dindan an erh hag an aer

.« Jusqu'à la venue d'un chrétien sauveur, il faut laver notre linceul sous la neige et le vent. »Et les funèbres laveuses de l'entourer. L'homme savait sa dernière heure ; venue, lorsque la plus vieille femme lui dit : « Aide-moi à essorer ce linceul et tu sera riche pour le reste de tes jours ». L'homme savait que quiconque rencontrait !  les lavandières de nuit devait avoir bien soin de tordre le drap dans le même sens  qu'elles. La Groac'h vit bientôt qu'elle avait devant elle un homme averti et ; fidèle à sa parole, lui remplit les poches de pierres brillantes d'argent. Rentré à Huelgoat, l'homme montra sa fortune et les mineurs accoururent.

Depuis cinquante ans, les mines définitivement abandonnées laissent leurs 'bâtiments et leurs puits s'écrouler dans un décor lunaire de scories et de déblais qui n'est pas sans grandeur. Aujourd'hui, des paysans et des journaliers se sont installés dans ces villages nommés la Mine, Poullabas ou la Molette, en souvenir d'une machine qui fit la révolution en son temps.

Seul le lutin légendaire du sous-sol, « le petit mineur », doit encore gîter dans le filon. Les ouvriers de la mine le connaissaient bien : quand il frappait sa manette sur le fleuret, c'était signe de travail fructueux, mais lorsque les mineurs entendaient le bruit de sa hache, c'était l'annonce d'un accident,

BERNARD DE PARADES

    Dans la tradition locale, les derniers mineurs de la mine du  Huelgoat aujoud'hui en  Poullaouen   expliquaient sa fermeture,elle était voulue par ses propriétaires car avec le temps l'argent se transforme en or dans les profondeurs de la Terre ) .(Louis Priser, notre instituteur nous avait conté en classe le témoignage énigmatique du mythe de la Pierre philosophale collecté en temps que journaliste local du Télégramme lors d'un de ses reportages sur le dernier mineur  de Locmaria )

 

Al  Loper-noz

Le Lutin  Frappeur  J'aime mieux croire aux lutins qu' aux  fake news. Les lutins,   qui   on  vu  au Huelgoat .Les lutins ne sont pas des êtres de la  forêt mais  des profondeurs de la  Terre

Le loper- noz  est le lutin breton  frappeur protecteur des ouvriers des mines du Huelgoat et de  Poullaouen , qu’il affectionne et qu’il aime. ces lieux des ténèbres de la Terre   Passant sa vie au milieu d’eux, il surveille, inspecte les travaux, et évite autant qu’il le peut des malheurs à ses amis.

Si un travailleur s’asseoit, un instant, pour se reposer ou pour manger un morceau de pain dans un endroit dangereux, aussitôt le loper-noz l’en prévient. Il fait pleuvoir dru comme grêle, sur la tête de l’ouvrier, de la poussière, des graviers et même des cailloux pour l’obliger à déguerpir au plus vite.

D’autres fois, lorsque les terrains doivent s’écrouler sans qu’on s’en doute, ou bien encore quand les échafauds et les boiselages sont pourris et menacent de s’effondrer, le loper-noz  qui voit tout, qui entend tout, donne l’alarme. Il frappe des coups précipités et distincts aux endroits dangereux ; il imite, à s’y méprendre, le bruit des craquements souterrains et fait prendre la fuite aux mineurs. Ceux-ci vous affirmeront même qu’ils ont été appelés par leurs noms au moment d’une catastrophe. Les faits sont venus trop souvent, hélas ! confirmer les prédictions du petit mineur, et n’ont fait qu’accroître, comme on le pense, son pouvoir surnaturel.

Pendant des manœuvres de pompes, de halage de cages de minerai, au moment où quelque travailleur courait un danger imminent, soit qu’il fût prêt à passer quand la cage descendait dans le puits, soit dans toute autre circonstance périlleuse, on a entendu, soudain, au milieu des ténèbres, et au moment suprême, des commandements étranges qui avaient pour effet de conjurer le danger ; ce danger passé, personne n’avait donné d’ordres ; ce ne pouvait donc être que le petit mineur.

Que de fois n’a-t-on pas vu des puits sur le point d’être abandonnés parce que leurs galeries étaient devenues stériles. Les ingénieurs, les directeurs, avaient déclaré que toutes les recherches était désormais inutiles, qu’il n’y avait plus rien à espérer. Soudain, au milieu du silence profond de ces noirs souterrains, des coups de pioche se faisaient entendre, — mais très distinctement, — à intervalles réguliers, et lorsqu’on se dirigeait du côté du bruit, on reconnaissait que la terre avait été fouillée. En creusant le sol, à cet endroit, on retrouvait le filon perdu.

Les mineurs ont une telle croyance dans le loper-noz  que la veille de la Sainte-Barbe, ils vont le consulter pour savoir s’ils mourront dans l’année. Ils descendent à cet effet dans la mine, à leurs chantiers, et là, chaque mineur allume une chandelle qu’il laisse brûler. Si la lumière s’éteint avant d’être consumée, c’en est fait de leur existence : le lutin  frappeur  est passé qui a fixé le terme de la vie de son protégé.

(Conté en français  par Yvon Le Goff, originaire du  Huelgoat ou de  Poullauen   mineur à la mine de Pont-Péan

Une lavandière de nuit de la rivière d’ Argent  remplit la poche d’un homme qu’elle n’avait pu tuer, avec des cailloux brillants qu’il revendit le lendemain ; puis il dut  en expliquer l’origine, ce qui fit exploiter le filon des mines du  Huelgoat   Paul-Yves Sébillot.


Ce sont les nains qui ont été bannis au Svartalfheim, le monde souterrain situé sous la surface de Midgard. En raison de leur nature avide, les nains pourront creuser le sol de la Terre afin de découvrir les métaux précieux qu'ils chérissent. Cependant, les nains ne peuvent pas se rendre à la surface de la Terre durant la journée puisque la lumière du Soleil les pétrifierait instantanément sur place


Ma soeur m'avait raconté une drôle histoire ,lorsqu'elle a de nos nouveaux invités au Huelgoat.,elle les fait visiter les sites.  Joelle ,une de ses amies une belle blonde Lorraine ,à la Mare qui a encore comme nom les Salles vertes fut sans explication logique comme attirée par les fées des Salles pour se retrouver au milieu la rivière toute dévêtue.


•Extrais de la Légende de la Ville d' IS  d'Emile Souvestre  vers 1836

Celle-ci s'élevait a la place même où vous voyez aujourd'hui la baie de Douarnenez. Elle était si grande et si belle que, pour faire l'éloge Je la capitale des gaulois, les hommes de ancien temps n'ont rien trouvé de mieux que de l'appeler Par-is, c'est-à-dire l'égale d'is. Elle était bâtie plus bas que la mer, et défendue par des digues dont on ouvrait les portes à certains moments, pour faire entrer et sortir les flots. La princesse Dahut, fille de Gradlon, portait toujours suspendues au cou les clefs d'argent de ces portes, ce qui fait que le peuple l'appelait la princesse Alc'huèz ou plus brièvement Ahèz. Comme c'était une grande magicienne, elle avait embellit la ville d'ouvrage» que l'on ne peut demander à la main des hommes. Tout les korrigans de Cornouailles et de Vannes étaient venus, sur son ordre, pour construire les digues .et forger les portes qui étaient de fer; ils avaient couvert le palais d'un métal semblable a l'or (car les korrigans sont d'habiles faux monnayeurs) et entourés  les jardins de balustrades qui brillaient comme de l'acier poli. C'étaient eux qui soignaient les écuries de Dahut, pavées de marbre noir, rouge ou blanc, selon la couleur des chevaux, et qui entretenaient le port où l'on nourrissait les dragons marins | car Dahut avait soumis par son art les monstres de la mer et en avait donné un  chaque habitant de Keris, qui s'en servait comme d'un coursier pour aller chercher, au delà des flots, les marchandises rares, ou pour atteindre les vaisseaux des ennemis. Aussi tous ces bourgeois étaient si opulents, qu'il mesuraient le grain avec des hanaps d'argent Dahut donnait  l’exemple; c'était, jour et nuit, fête dans son palais. On voyait arriver, des pays les plus éloignés, des gentilshommes et jusqu'à des princes attirés par la renommée de cette cour. Gradlon les recevait avec amitié, el Dahut encore mieux; car, si c'étaient des jeunes gens de belle apparence, elle leur donna un masque magique avec lequel ,ils pouvaient, dès le soir, la rejoindre secrètement dans une tour bâtie an bord des écluses.« Ils y restaient avec elle jusqu'à l'heure ou les hirondelles de mer  recommençaient à passer devant les fenêtres de la tour; alors la princesse leur disait bien vite Adieu, et, pour qu'ils puissent sortir sans être vus comme ils étalent arrivés, elle leur  remettait le masque enchanté; mais cette fois il se resserrait lui  même les étranglait !. Un homme noir prenait alors le corps mort, le plaçait en travers sur  son cheval , comme un sac de monture et jeter au fond d’un  précipice, entre Huelgoat et Poullaouen. Ceci est bien la vérité, car aujourd'hui même, pendant les nuits sombres, on entend, au fond de la ravine, les plaintes de leurs âmes. Que les Chrétiens pensent a elles dans leurs prières!

Or, un soir qu'il y avait fête chez elle ,on vint lui annoncer un prince puissant, venu des extrémités de la terre pour la voir. C'était un homme de grande taille, tout vêtu de rouge, et si barbu, qu'on apercevait à peine ses deux yeux, qui brillaient comme des étoiles. Il adressa a la princesse un compliment en rimes si bien tourné, qu'aucun batvalen de Cornouailles n' eût pu en inventer de pareil ; puis il se mit à parler avec tant d'esprit, que tout le monde en demeura émerveillé. " Mais ce qui frappa surtout les amis de Dahut, ce fut de voir combien l'étranger était plus habile qu'eux dans le mal. Il savait, non-seulement tout ce que la malice humaine a inventé depuis la création, dans toutes les terres habitées par des êtres parlant, mais tout ce qu'elle inventera Jusqu'au moment où les morts se lèveront de leur tombe pour être jugés ! Allez et les gens de sa cour reconnurent qu'ils avaient trouvé leur maître, et tous résolurent de prendre des leçons du prince barbu.

"Pour commencer, celui-ci leur proposa un branle nouveau, qui n'était autre que le passe-pied dansé en enfer par les sept péchés capitaux. Il fit entrer, pour cela, un sonneur qu'il avait amené avec lui. C'était un petit nain vêtu d'une peau de bouc, et qui portait sous sou bras un biniou dont le chalumeau lui servait de penbaz.

o A peine se fut-il mis à sonner, que Dahut et ses gens furent saisis d'une espèce île frénésie et se mirent à tourner comme des tourbillons de mer. L'inconnu en profila pour enlever à la princesse les clefs d argent des écluses et pour s'échapper de la fête.

" Pendant ce temps, Gradlon était seul dans son palais situé à l'écart; il se tenait dans une grande salle obscure, et il était assis sur l'âtre, près d'un feu éteint. Il sentait la tristesse lui tomber dans le cœur, lorsque tout à coup la porte s'ouvrit des deux cotés, et saint Corentin parut sur le seuil avec un cercle de feu autour du front, la crosse d'évêque  à la main et marchant dans un nuage de parfum.

" -Levez-vous, grand roi, " dit-il à Gradlon prenez ce qui vous reste ici de précieux et fuyez, car Dieu a livré cette ville maudite au démon. "

o Gradlon, effrayé, se leva aussitôt, appela quelques vieux serviteurs, et après  avoir pris son trésor, il monta son cheval noir et partit a la suite du saint qui glissait  dans l'air comme une plume.

" Au moment où ils passaient devant la digue, il entendit un grand mugissement de flots et aperçut l'étranger barbu , qui avait  repris sa forme de démon, occupé à ouvrir toutes les écluses avec les clefs d'argent enlevées à Dahut. La mer descendait déjà sur la ville en cascades, et l'on voyait les flots élever leurs têtes blanches au-dessus des toits, comme s'ils montaient a l'assaut. Le" dragons  enchaînés dans le port mugissaient de terreur, car les animaux aussi sentent la mort venir.

Gradlon voulut jeter un cri d'avertissement ; mais Corentin lui répéta de fuir, et il s' élança au galop vers le rivage. Son cheval traversa ainsi les rues, les places, les carrefours, poursuivi par les flots et toujours les pieds de derrière dans la vague. Il passait devant le palais de Dahut, lorsque celle-ci parut sur le perron, les cheveux épars comme une veuve, et s'élança derrière son père. Le cheval s'arrêta subitement, fléchit, et l'eau monta jusqu'aux genoux du roi.

A moi,saint Corentin ! cria--t-il épouvanté." - Secouez le péché que vous portez derrière vous,  répondit le saint,  et  par le secours de Dieu, vous serez sauvé ! "

" Mais Gradlon qui, malgré tout, était père, ne savait à quoi se résoudre. Alors Corentin toucha avec sa crosse d'évêque l'épaule de la princesse, qui glissa dans la mer et disparut au fond du gouffre-, appelé depuis le gouffre d'Ahèz.

" Le cheval, ainsi délivré de sou fardeau, s'élança en avant et atteignit le rocher de Garrec où l'on voit encore la marque d'un de ses fers.

 Le roi tomba d'abord à genoux pour remercier le ciel, puis se retourna vers Keris, afin de juger le danger auquel il avait miraculeusement échappé; mais il chercha en vain l'ancienne reine des mers. Là où il y avait, quelques instants auparavant, un port, des palais, tant de richesses et de milliers d'hommes, on ne voyait plus qu'une baie profonde qui reflétait les étoiles, tandis qu'à l'horizon, debout sur le dernier débris des digues? submergées, l'homme rouge montrait les clefs d'argent avec un geste de triomphe.

Extrais de la Légende de la Ville d' IS  d' Emile Souvestre  vers 1820


La légende du hok-brasLa légende du géant Hok-bras et de la fée du Huelgoat

La légende du géant Hok-bras et de la fée d'Huelgoat .(Le publicateur du Finistère ,n° du 5 septembre 1874 conté par Jakou -Ar-Gall de Botmeur.)

Sa marraine est une fée , c'est bien Morgane ou Ahes la géante. Hok-bras a la maîtrise des formes et se transforme tout particulièrement en  serpent ou en Dragon dans le  Gouffre ,il se rattache  bien à la vouivre représentant les énergies telluriques

Du temps que la rade de Brest n'était qu'un petit ruisseau où la mer montait à peine dans les grandes marées, il y avait entre Daoulas et Landerneau un géant, comme on n'en a jamais vu.- Il était grand comme la tour du Kreisker, peut-être ? Allez.- Comme le Ménez-Hom ?- Allez encore.- Haut comme les nuages apparemment ? - Allez toujours. Quand vous iriez jusqu'à la calotte du ciel, mon ami, vous n'y seriez pas tout à fait.- Mais alors où ce malheureux pouvait-il se loger ?- Ah ! voilà l'affaire ! Messire Hok-Bras avait la faculté de s'allonger à volonté. Voici d'où lui venait cette faculté précieuse.

Il est bon de vous dire que maître Hok-Bras était naturellement assez grand ; à trois mois il avait déjà plus de six pieds, et comme il n'était pas encore baptisé, son père le mena chez une tante qu'il avait au Huelgoat, et la pria d'être la marraine de ce petit garçon. Hok-Bras marchait déjà comme un homme, et la marraine n'eut pas besoin de le porter sur les fonts baptismaux, ce qui eût été fatigant, en vérité. Hok-Bras fut gentil. Il alla tout seul et ne pleura pas du tout, si ce n'est  quand on lui mit du sel dans la bouche : il toussa si fort, si fort, que le bedeau qui se trouvait en face fut jeté contre un pilier, où il se fit une jolie bosse à la tête, ce qui dérida le poupon et le fit rire, mais rire ! Ah ! c'était le recteur qui ne riait pas en voyant tomber tous les vitraux des fenêtres de son église !

Enfin Hok-Bras était chrétien et ne viendrait pas rire à l'église tous les jours. Après le dîner de baptême, qui fut très bon à ce qu'on dit, Hok-Bras s'en fut jouer dans le bois, auprès de l'endroit qu'on appelle le Trou du diable, ( ce n'est   pas la grotte du Diable ,elle était inconnue et inaccessible au XIX ième siècles   mais le Gouffre dit du Diable  du Kastell-Gwibel ar Rampez)  et, sans doute afin d'empêcher le diable de sortir par là (ce qui eût été un grand service pour l'humanité, s'il avait réussi), il se mit à rouler tout autour les plus gros rochers de la colline; et l'on sait qu'il n'en manque pas dans ce beau vallon. Pendant que le bambin travaillait ainsi, au grand ébahissement des autres, sa marraine vint le regarder faire et se dit :- Voilà un filleul qui me fera honneur. Et, en disant cela, elle jouait avec sa belle bague de diamant. Tout à coup, la bague lui échappa et roula au fond du gouffre, qui n'était pas encore couvert et où l'eau tombait avec un bruit affreux. La marraine se mit à pleurer. ... Hok-Bras. Votre bague ? Ne pleurez pas, nous allons voir. Si j'étais seulement aussi grand que ce trou est profond, je vous la rapporterais dans cinq minutes. Or, il est bon de dire que la jolie marraine était une fée. Elle sécha ses beaux yeux et promit à Hok-Bras d'exaucer sa demande s'il trouvait la bague. Hok descendit dans le trou et s'enfonça dans l'eau mais bientôt il en eut jusqu'au cou.- Marraine, dit-il, l'eau est trop profonde et moi je suis trop court. - Eh bien ! allonge-toi, dit la fée. En effet, Hok se laissa couler toujours, car c'était un puits de l'enfer, et sa tête restait toujours au-dessus de l'eau. Enfin, ses pieds touchèrent le fond du gouffre. - Marraine, dit-il, je sens une grosse anguille sous mes pieds.

- Apporte-la, dit la fée, c'est elle qui a avalé ma bague et remonte de suite. Crac ! On vit tout à coup Hok sortir du gouffre noir comme un arbre énorme, et il montait toujours. - Marraine, dit une voix qui venait des nuages, ne m'arrêterez-vous pas ? - Tu n'as qu'à dire assez, mon garçon, et ta croissance s'arrêtera. - Assez ! hurla Hok d'une voix de tonnerre... Et à l'instant on le vit se raccourcir et puis se mettre à genoux pour embrasser sa jolie tante et lui passer sa bague au doigt. Par malheur pour nous, Hok, dans sa joie, oublia de boucher le Trou du Diable. On ne le sait que trop en ce monde, hélas!

Hok s'en retourna chez son père qui,le voyant déjà grandi de trois pieds depuis le jour de son baptême, pensa qu'un tel garçon serait fort coûteux à nourrir à ne rien faire. Oui, Hok ne voulait  rien faire, si ce n'est courir les aventures, se battre et se marier le plus tôt possible. Se marier à cet âge ! Y pensez-vous ? En effet, en quittant Huelgoat, notre jeune géant avait d'abord eu l'idée d'emporter sa petite tante sous son bras ; mais la fée, qui était sage (chose rare en vérité), lui avait fait comprendre que ce n'était pas convenable à son âge et qu'elle ne voulait être sa femme que quand il aurait accompli au moins trois prouesses, ce qui lui serait facile, vu qu'elle lui avait donné le secret de s'allonger à volonté.

La découverte de la bague pouvait compter pour une prouesse, restait deux. Et voilà ce qui tourmentait notre grand bébé, déjà rempli d'ambition. Hok, dans son impatience, ne faisait guère que courir par monts et par vaux; dans ses moments perdus (et c'était l'ordinaire) il s'amusait, au lieu d'aller travailler comme un bon journalier, à faire des tas de terre et de cailloux, . du placis, Hok se mit au milieu et s'écria : - Hok, allonge-toi ! Crac ! Aussitôt on vit sa tête monter et parfois se perdre dans les nuages qui passaient sur le ciel. Puis la lune s'obscurcit. On entendit un coup de tonnerre qui disait assez ! et peu à peu on vit la lune descendre rapidement. Quand elle fut arrivée sous les nuages, on put voir que c'était Hok-Bras qui la tenait par le bord entre ses dents. Hok-Bras, qui se trouvait tout auprès du clocher de Saint-Houardon, déposa délicatement l'astre des nuits sur le bout de la girouette, demanda ses dix écus et s'en alla très content. Et de deux ! sans compter la montagne Depuis ce temps, on dit que Landerneau a conservé sa tante, la lune et son immortelle clarté, connue dans le monde entier. Vous voyez que c'est une qualité assez précieuse de pouvoir devenir plus grand que les autres ; et je suis sûr que s'il se trouvait encore une fée comme celle-là sur la terre, elle aurait beaucoup de pratiques. Il y a dans ce monde tant de gens qui ont la faiblesse de vouloir toujours être plus grands que les autres..Vous pensez bien que notre petit géant - qui n'avait guère que douze à quinze pieds dans ses jours ordinaires - avait attrapé un peu chaud dans son voyage à la lune, et il regrettait fort en passant par Loperhet que la mer ne fût pas sous ses pieds pour s'y désaltérer et se baigner à l'aisé.

A cette époque, comme vous savez, la rade de Brest n'existait pas encore. - Tiens, se dit Hok-Bras, si je creusais ici un petit étang, voisin de ma maison, cela serait bien commode pour se baigner tous les matins, et peut-être que cela ferait plaisir à ma tante. Allons ! Il déracina quelques chênes, prit une taille et une force proportionnées à la besogne, s'empara de deux ou trois vieux chalands sur la rivière de Landerneau afin de s'en servir comme d'écuelle, et se mit à l'ouvrage. Le premier jour, il creusa un grand bassin depuis Daoulas jusqu'à Lanvéoc. Le second jour, il creusa de Lanvéoc à Roscanvel, et le troisième jour, comme il tait pressé d'achever la besogne par une prouesse digne de sa fiancée, crac ! il donna un grand coup de pied dans la butte qui fermait le goulet, et bientôt il eut le plaisir de sentir l'eau de mer lui chatouiller agréablement les mollets à une jolie hauteur, car à ce moment-là il mesurait, dit-on, plus de mille pieds du talon a nuque. Mais le vent soufflait un peu fort de l'Ouest ; les vagues se précipitaient avec la violence que vous pouvez supposer par l'ouverture du nouveau goulet. Si bien qu'un vaisseau à trois ponts (vous comprenez, un vaisseau à trois ponts avant le déluge), qui passait toutes voiles dehors du cap Saint-Mathieu, se trouva entraîné par le courant et entra vent arrière dans la rade, qui se remplissait à vue d'oeil. Et de trois ! La rade de Brest était née pour la gloire de la Bretagne.

Mais pour le malheur de son père, il arriva que Hok-Bras s'étant mis à genoux pour boire un coup et goûter l'eau de sa nouvelle fontaine, il arriva que le vaisseau à trois ponts s'engouffra, avec ses voiles, ses mâts et ses canons, dans le gosier de notre géant, où il demeura à moitié chemin arrêté par les vergues du grand mât. Aïe ! Hok-Bras se sentit aux trois quarts étranglé. Impossible de crier assez ! pour revenir à sa taille naturelle ; et d'ailleurs, s'il se fût rapetissé, le vaisseau lui aurait rompu la poitrine. Le voilà donc, courant comme un possédé, arpentant plaines, monts et vallées, avec quatre-vingts canons dans la gorge... Enfin il se calma un peu et se dit tout naturellement : Ma tante me tirera de ce mauvais pas. Et il se mit à courir dans la direction de la montagne d'Arhez, qu'il avait vu naître et qui allait devenir son tombeau. Oui, en ce temps-là, comme toujours, l'ambition perdit les hommes ; à force de se grandir, ils tombent de plus haut et ne peuvent plus se relever, chargés qu’ils sont du poids trop lourd de leur convoitise insatiable.

Hok-Bras s'assit donc un moment pour se reposer sur le Mont Saint-Michel, car son vaisseau à trois ponts le gênait pour faire une longue route. Puis, quand il fut reposé, au lieu de faire le tour du marais, il voulut le traverser afin d'aller plus vite. Par malheur, il comptait sans le poids de ses quatre-vingts canons. En effet, il n'avait pas fait quatre enjambées au milieu des mollières du grand marécage qu'il se sentit enfoncer, au point de ne pouvoir plus en retirer les jambes. Puis, dans ses efforts épouvantables, il trébucha, et son corps immense, entraîné par le poids des quatre-vingts canons, alla s'abattre sur la montagne. à l'endroit appelé Rocbraz ou Hoc-Trévézel.

Il y eut, dit-on, un tremblement de terre, et au Huelgoat la fée en fut épouvantée. Hok-Bras s'était brisé la tête en tombant sur les roches qu'il avait amoncelées lui-même. Sa marraine, folle de douleur, accourut près de lui et essaya en vain de le rappeler à la vie ; mais n'y pouvant réussir, elle se retira à Saint-Herbot, où son ombre revient errer au bord des torrents. (autre version) .

Elle se changea en une chienne noire qui erre et doit errer jusqu'au jugement sur le funeste marécage. 

Maintenant, il serait trop long de rapporter tout ce que l'on dit du cadavre de Hok-Bras. On prétend que, voyant venir ... que, voyant venir le déluge et ne trouvant pas de poutres assez fortes pour construire l'arche, Noé, qui avait entendu parler du colosse breton,vint à la montagne d'Arhez, scia la barbe du géant défunt et en fit les membrures du navire suprême. Noé voulut aussi, par curiosité ou pour lester son arche, emporter quelques dents de Hok-Bras, et pour chacune il fallut trois vigoureux matelots. On raconte bien d'autres choses du gigantesque constructeur de nos montagnes. Mais ici se termine ce récit authentique, récit qui sans doute vous a démontré que les Bretons ne sont pas des petits garçons !


Gwenc'hlan Le Scouëzec Arthur, roi des Bretons d'Armorique Le roi des Pierres

Les DRUIDES

Chapitre VII Le Marais des Enfers

 

Parlant de la carte des Monts d'Arrée, en 1896, Paul du Châtellier écrivait les lignes suivantes : « En regardant cette carte on est frappé du grand nombre de monuments, groupés sur les sommets des collines qui divisent en nombreux bassins la plaine qui s'étend des montagnes d'Arrhées aux montagnes Noires, au sud et à l'est du marais de Saint-Michel, dans un rayon de douze à quinze kilomètres. »

Et il concluait, à proposdes fouilles qu'il avait menées en 1895 et 1896 dans cette région : « En somme, dans cette importante campagne', nous avons reconnu six dolmens ou allées couvertes, plus ou moins ruinés, dont deux ont des sculptures, onze menhirs, cent soixante et un tumulus, huit cachettes de fondeurs, quatorze camps ou enceintes fortifiées et trois cachettes de monnaies gauloises. »

Rien que sur la commune de Berrien, notre archéologue compta un menhir, quatre dolmens et cinquante-trois tumulus. A Coatmocun, en Brennilis, ce furent trois dolmens, quatre menhirs, dix tumulus, un camp à enceinte circulaire et des restes d'habitation.

Le tertre situé en Berrien, « à deux cents mètres au Nord-Ouest des édifices du village du Reuniou », contenait les restes d'un linceul de peaux qui avait enfermé le cadavre, un collier de coquilles, un vase en argile et des poignards en bronze ainsi qu'un fragment de bois de cerf. On remarquera bien sûr la présence, ici comme à Hoedic et à Teviec, quoique bien plus tard, du cervidé symbole de renaissance..

Le tumulus I de Coatmocun était vide, il n'avait pas de chambre et aucune trace d'ossements humains ou autres ne s'y trouvait. Mais, dans sa partie est, trois petites pierres plates protégeaient « un fossile du genre oursin ». Sera-ce l'œuf de serpent dont Pline, un jour, parlera comme d'un talisman druidique?

Ajoutons que sur ce territoire, se trouve le Camp d'Artus, le gouffre d'Ahès et la mine de Huelgoat, témoignant d'une activité ancienne et d'une mythologie toujours présente. Le camp d'Arthur est l'oppidum le plus important de Bretagne et il y a tout lieu de penser que là se trouvait le centre politique des Osismes préromains, voués au culte d'Arthur, la Pierre.

Le gouffre d'Ahès qui l'avoisine, est l'un des lieux de passage de ce monde-ci vers l'autre. On dit que la princesse — ou la déesse ? — y faisait jeter ses amants. C'était bien évidemment pour leur procurer l'existence dans l'Autre Monde..

Quant à la mine, toute proche, d'où l'on extrait le plomb et l'argent, elle est à la fois le centre nerveux de la région et le site magique des fondeurs. Ils avaient établi leurs ateliers au pied du Castel Guibel, qui domine de sa masse le puits d'Ahès. On peut imaginer qu'ici s'opérait une alchimie tant spirituelle que matérielle.

Huelgoat est en somme la capitale, antérieure à l'occupation romaine. On ne manquera pas d'être surpris par la longue place qui ressemble plus à un forum qu'à la place centrale d'un village breton, par l'ensevelissement de l'agglomération, tel qu'on ne la voit de nulle part, contrairement aux habitudes des paroisses d'Armorique. La ville est sous la protection du camp d'Arthur..

L'environnement mérite toute notre attention. La longue étendue de marécages qui s'étend au nord et à l'ouest de Huelgoat, jusqu'au pied de la ligne de montagnes qui barrent l'horizon, sert non seulement de protection militaire à toute attaque venue de ces directions, mais de plus de frontière avec l'Autre Monde. C'est ici proprement, selon la tradition, la Porte des Enfers. C'est ici qu'erre le chien noir et que les ramasseurs d'âmes parcourent la lande. Point de vision chrétienne de l'Enfer, pas de diable, ni de feu, mais la vision froide de terres inondées où la terre et l'eau se confondent..

A l'ouest se trouve le Mont Saint-Michel, de son vrai nom Menez Kronan. Comme tous ses homologues, il représente une divinité plus ancienne, ici Cernunnos, le dieu de l'Occident.

Il est remarquable que ce marais ait été,à la période des seconds tumulus de l'âge de Bronze, le lieu d'un rassemblement extraordinaire de ces constructions. Quel rapport y a-t-il entre les sépultures de l'âge de bronze et la tradition orale venue jusqu'à nous ? On a pu contester précisément qu'il s'agisse d'une mythologie antique et penser que le folklore n'avait pas d'antiquité. Bien qu'il n'y ait aucun élément en faveur de cette ancienneté, il n'est pas très sérieux de la nier. Toute cette histoire de chien noir et de ramasseur d'âmes, liées à la vision cernunienne du monde, non plus que les ombres d'Arthur, de la princesse mythique des Osismes, Ahès, du gouffre où l'on jetait les sacrifiés, ne relève pas d'une création récente, ni même médiévale. Il n'y a là, avons-nous dit, rien de chrétien. Certains fragments, comme ceux d'Ahès, sont manifestement très anciens et la croyance qui s'y attache a ce caractère indélébile des récits dont on ne sait plus pourquoi on s'y attache, mais auxquels on s'attache on ne peut plus fortement. L'ensemble est cohérent, solide, indestructible, et parfaitement non logique.

C'est une autre question de savoir la raison pour laquelle cent soixante et un tumulus ont été édifiés dans cet espace restreint. Est-ce parce que c'était déjà la Porte des Enfers ? Ou bien l'endroit est-il devenu la Porte des Enfers parce que cent soixante et une inhumations ont été faites ici ?

L'endroit n'a pas dû sensiblement changer. Quatre mille ans, c'est bien peu. Si l'endroit n'a pas changé, le symbole non plus. Dans l'esprit d'un homme d'il y a quatre mille ans, le marécage, avec ses eaux, ses engloutissements, ses risques, n'est pas différent de celui d'aujourd'hui. L'endroit est sinistre et inabordable. Il était sinistre et inabordable il y a quatre mille ans. On ne voit pas pourquoi il n'y aurait pas beaucoup plus longtemps que la Porte des Enfers aurait élu domicile là.

Un personnage mérite d'être remarqué : c'est le Gewr. Il règne plus particulièrement à Saint-Herbot, à la lisière sud du Marais. Ce personnage, fut à l'origine du chaos de Huelgoat, dans sa lutte contre un autre géant avec lequel il échangeait des coups en blocs de plusieurs tonnes, entre Berrien et Plouyé. Huelgoat, au milieu, les recevait. Le Grand Bonhomme a été enterré au-dessus du village de Saint-Herbot, au Be Gewr, la tombe du Gewr. Il fallut paraît-il replier neuf fois son corps sur lui-même pour le faire entrer dans la fosse. Cela laisse entendre qu'il s'agissait d'un serpent géant, un dragon monstrueux.

C'est sans doute du Gargan qu'il s'agit. Son nom serait simplement l'abréviation d'un Karregan et proviendrait de Karr et de Karreg, le rocher. L'on sait que ces personnages gigantesques, qui parcourent les campagnes de l'Europe occidentale, prennent plaisir aux pierres que l'on jette et que l'on dresse.

Cet ensemble de lieux et de mythes, enfermés entre les hauteurs de Trevezel et la fuite de l'Ellez, entre le Menez Kronan et la mine de Huelgoat, a été peut-être plus connu qu'on ne le croit. Cette terre de Bretagne, à l'occident du monde, d'où l'on voit le soleil plonger dans le sein retrouvé de la mer, aurait été l'embarcadère des îles merveilleuses, le site même de la Légende de la Mort, comme le découvrira plusieurs millénaires plus tard, l'un des fils de cette Letavia ou Pays de la Mort que fut, jusqu'à nos jours, la Bretagne armoricaine.

Sans doute venait-on de très loin pour trouver ici la voie qui mène à d'autres univers que le nôtre. Tout cet ouvrage, je pense, le montrera.


GÉANT OU CAPTIF CHÉTIF

'Cauaros' (Kaûapoç, nom de prince galate, Kauàpa & Kaûapoi, comme divers dérivés en Cauar-, dont les Cavares d'Avignon - Dela­marre 2003, 111) se compare au vieil irlandais caur (caurad au génitif, 'champion, héros') comme au brittonique, ancien comique caur-march. 'camelus', gallois cawr, 'giant', tels les géants de légende des monts d'Arrée en breton (Be2) Gewr (Begheor à Saint-Herbot, cher à Jean-Marie Le Scraigne) / Kaour, dans divers contes de Luzel, d'où peut-être le prénom Kaourintin, Corentin, dont les diminutifs sont parfois Kaour et plus souvent Kaou.

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